Jeune écrivaine terrassée par le syndrome de l'imposteur
Creative

3 super techniques pour vaincre le syndrome de l’imposteur

Tu écris. Tu ratures. Tu doutes.
Et au moment de cliquer sur “envoyer” ou “publier”, une petite voix te murmure :

“Franchement… tu es sûre que tu as le droit ?”

Je prends le parti du « féminin l’emporte » dans cet article, parce que je pense que nous sommes encore plus sujettes que les hommes à nous sentir illégitimes.

Bienvenue dans le cerveau de l’auteur moderne : un espace partagé entre passion créative et sabotage mental de compétition. Ce sentiment insidieux, cette impression d’être une fraude ambulante prête à être “démasquée” à tout instant, ça a un nom : le syndrome de l’imposteur.

Non, ce n’est pas juste “dans ta tête”. C’est aussi dans ton cerveau, dans ta construction sociale, dans ton perfectionnisme hérité et dans cette étrange capacité à ignorer tout ce que tu fais bien.

Cet article n’est pas là pour te dire que “tout ira bien” en souriant dans le vide. Il est là pour te donner 3 techniques concrètes, fondées sur des mécanismes neuroscientifiques solides, pour t’aider à reprogrammer ton mental et réhabiliter ta légitimité créative.

On ne va pas combattre le syndrome de l’imposteur comme un ennemi. On va l’examiner, comprendre pourquoi il s’installe, et utiliser ses leviers pour en faire un allié de lucidité plutôt qu’un frein paralysant.

Tu n’as pas besoin d’être parfaite pour être légitime. Tu as juste besoin de commencer ici.

1. Reformate ton cerveau avec la preuve par l’action

Tu connais cette sensation étrange où tu travailles dur, tu réussis quelque chose… et ton cerveau décide d’archiver ça dans la corbeille comme un spam ?

Bienvenue dans le grand parc d’attractions du syndrome de l’imposteur.

Certaines personnes, surtout les perfectionnistes et les anxieuses, ont un petit souci de traitement de l’information positive. Leur cerveau, pourtant très performant, a simplement appris à ne pas prendre leurs réussites au sérieux. Sympa.

Alors comment on reprogramme cette merveille capricieuse ? On commence par comprendre ce qui cloche.

Pourquoi ton cerveau ignore tes réussites ?

(Spoiler : tu n’es pas maudite, juste câblée de travers.)

1. Le biais de négativité : l’héritage préhistorique pas très utile pour écrire un roman

Le cerveau humain retient 3 à 5 fois mieux les expériences négatives que les positives. Un cadeau de l’évolution (merci, vraiment). À l’époque, oublier un compliment n’était pas grave. Oublier un bruit de tigre, oui.

Résultat aujourd’hui : tu retiens

  • la critique de ton oncle qui n’a jamais lu un livre,
  • mais pas les quinze personnes qui t’ont dit qu’elles adoraient ton chapitre 3.

2. Les circuits neuronaux renforcent ce que tu répètes

Le principe de la neuroplasticité dit en gros : “Les neurones qui s’activent ensemble se connectent ensemble.”

Donc si tu répètes intérieurement pendant dix ans : “Je ne suis pas assez bonne”, ton cerveau se dit : “Ah oui, ça, je connais ! Autoroute neuronale express, par ici.”

Les pensées d’imposture deviennent la route par défaut. Les réussites ? Une petite ruelle secondaire que personne n’emprunte.

3. Le cortex préfrontal, ce maniaque du “pas assez”

Les perfectionnistes ont un cortex préfrontal dorsolatéral très actif. C’est la zone de l’analyse, l’autocritique, la planification, le “ça pourrait être mieux”.

Pendant ce temps, la zone qui gère la valorisation personnelle (cortex préfrontal ventromédian) fait de son mieux pour ne pas se sentir insultée.

Résultat : tu repères les défauts 100 fois plus vite que les réussites.

Comment reprogrammer le cerveau ?

La solution la plus simple : écrire tes réussites.
Oui, comme un enfant qui gagne un tampon “bravo” à l’école. Mais en plus glamour.

Parce que quand tu écris, tu actives :

  • l’hippocampe (mémoire à long terme),
  • le cortex préfrontal (prise de conscience),
  • le système dopaminergique (motivation).

Ton cerveau enregistre ça comme un événement réel, important, un truc qui compte.
Il arrête de les balayer comme des miettes sur la table.

Pourquoi le journal de réussites fonctionne (scientifiquement, pas “énergétiquement”) :

1. Tu crées un souvenir durable

L’écriture renforce la consolidation mnésique donc ton cerveau ne peut plus “oublier”.

2. Tu génères une dissonance cognitive saine

Si tu écris “J’ai terminé un chapitre”, ta vieille croyance “je suis nulle” commence à grimacer, donc ton cerveau doit choisir : la croyance… ou les faits. (Même lui finit par comprendre.)

3. Tu changes l’équilibre émotionnel

Noter régulièrement des réussites stimule le système de récompense, donc plus de dopamine = encore plus d’envie de continuer. Tenir un journal de réussites n’est pas une pratique “bien-être en chaussettes”.
C’est une reprogrammation cognitive, fondée sur la neuroplasticité, la mémoire et la gestion de l’attention.

C’est littéralement un hack pour forcer ton cerveau à reconnaître que tu n’es pas une escroc, même si tu as entraîné ce pauvre organe à le croire pendant des années. (James Pennebaker, un psychologue américain, en parle dans cette étude.)

2. L’effet Dunning-Kruger inversé : tu es trop lucide pour être confiant

Tu doutes de toi alors que tu bosses dur, tu lis, tu te remets en question, tu passes du temps à fignoler tes textes… Et pourtant, ce qui te hante, ce n’est pas ton ego gonflé, mais la petite voix du doute qui dit :

“Franchement, est-ce que je mérite d’être lue ?”

Bonne nouvelle : ce n’est pas un défaut. C’est juste que ton cerveau est trop compétent pour te faire croire que tu l’es.

C’est quoi, exactement, l’effet Dunning-Kruger ?

(Et non, ce n’est pas un duo d’humoristes allemands.)

En 1999, les psychologues David Dunning et Justin Kruger ont démontré un truc déprimant mais logique : les gens les moins compétents surestiment leurs capacités, tandis que les plus compétents les sous-estiment.

Pourquoi ? Parce que pour savoir qu’on est bon dans un domaine, il faut déjà comprendre sa complexité. Et ça, seuls les gens compétents peuvent le faire. Ironie fatale.

Mais que se passe-t-il dans ton cerveau exactement ?

1. Métacognition, cette bénédiction empoisonnée

La métacognition, c’est la capacité à penser sur sa propre pensée. C’est elle qui te fait dire :

“Est-ce que ce que j’écris est pertinent ? Est-ce que je suis vraiment en train d’exprimer quelque chose d’original ?”

Cette fonction repose sur l’activation du cortex préfrontal médian et du cortex cingulaire antérieur. Ils sont très actifs chez les personnes intelligentes, sensibles et introspectives… donc chez les écrivains.
Résultat : plus tu deviens compétent, plus tu vois tout ce que tu ne sais pas encore.

2. La surcharge informationnelle génère du doute

Quand tu maîtrises un domaine (comme l’écriture), ton cerveau commence à percevoir :

  • les nuances stylistiques,
  • les implications culturelles,
  • les angles morts narratifs,
  • les 127 façons dont ton paragraphe peut être mal interprété.

Cette complexité devient un fardeau. Tu sais trop de choses pour être encore naïvement confiant. C’est ce qu’on appelle “le syndrome de la conscience compétente”.

Que faire alors, pour ne pas sombrer dans l’auto-sabotage éclairé ?

1. Changer la question intérieure

Moins de :  “Suis-je assez bonne ?”
Plus de : “Qu’est-ce que je suis en train d’apprendre ?”

Ce simple recadrage détourne ton cortex préfrontal de l’auto-flagellation vers l’analyse productive. Tu transformes ton doute en carburant.

2. Accepter que le doute = lucidité

Rappelle-toi que si tu doutes, c’est parce que tu comprends ce que tu fais. Les incompétents sont toujours très sûrs d’eux. Et bruyants.

C’est injuste, mais c’est rassurant.

3. Partager ton doute avec d’autres créateurs

Les études montrent que le syndrome de l’imposteur diminue fortement avec le sentiment d’appartenance. Parle à d’autres écrivaines. Ils ont TOUS ce doute. (S’ils ne l’ont pas, ils sont soit menteurs, soit je suis le prochain Prix Nobel.)

Si tu as un cerveau actif, que tu réfléchis à ce que tu fais, que tu veux progresser… alors ton doute n’est pas un défaut. C’est un indicateur de conscience, pas une preuve d’illégitimité.

Tu ne doutes pas mal, tu doutes bien.

Et paradoxalement, c’est probablement la meilleure preuve que tu as ta place.

3. Visualisation créative (sans paillettes, avec science)

Tu connais ces moments où tu es paralysée devant la page blanche, parce que ton cerveau anticipe déjà la catastrophe ?

Et si tu pouvais entraîner ton cerveau à anticiper le succès à la place ?

Non, ce n’est pas de l’auto-tromperie new age. C’est de la simulation mentale, et ça active littéralement les mêmes circuits que les expériences réelles.

Pourquoi visualiser son succès aide vraiment ?

1. Le cerveau ne fait pas bien la différence entre imaginer et vivre

Quand tu visualises une action avec suffisamment de détails, ton cerveau :

  • recrute les mêmes réseaux neuronaux que ceux utilisés pour réaliser réellement l’action,
  • active les aires motrices, sensorielles, émotionnelles impliquées,
  • et produit une réponse émotionnelle quasi réelle.

C’est ce qu’on appelle l’imagerie mentale fonctionnelle.

Autrement dit : quand tu te vois terminer ton roman, recevoir un retour positif, ou tenir ton livre imprimé, ton cerveau s’entraîne à considérer cela comme un scénario plausible.
Et il agit ensuite avec moins de résistance.

2. La visualisation diminue la peur d’échouer

Quand tu es en mode “syndrome de l’imposteur”, ton système limbique (en particulier l’amygdale) s’emballe à la moindre perspective d’exposition.
Résultat : tu imagines ton échec en boucle et donc tu renforces inconsciemment l’idée que : “ça va mal se passer”.

Visualiser consciemment un succès fait baisser cette hyperactivité anxieuse, en activant au contraire :

  • le cortex préfrontal ventromédian, qui régule l’émotion,
  • le striatum, centre de la motivation.

3. Visualiser un futur réussi rend l’objectif plus atteignable

L’imagerie mentale augmente :

  • la clarté des intentions (tu sais ce que tu vises),
  • la motivation,
  • le sentiment d’efficacité personnelle.

Et ce n’est pas de la poudre de licorne : des études ont montré que les athlètes qui visualisent leur performance améliorent leurs résultats, même sans entraînement physique complémentaire.

Si ça marche pour faire un salto arrière, ça marche aussi pour envoyer ton manuscrit sans trembler.

Comment faire concrètement ?

La visualisation efficace suit 3 règles :

  1. Spécificité : Visualise une scène précise, pas juste “le succès”
    → Ex : “Je tiens mon livre imprimé, je le feuillette, je lis la dédicace.”
  2. Sensorialité : Active tous les sens
    → Que vois-tu ? Entends-tu ? Ressens-tu dans ton corps ?
  3. Répétition : 2 à 5 minutes par jour pendant une semaine suffisent à créer une trace mnésique durable.

Bonus : associer une émotion forte à la scène visualisée augmente l’ancrage neurologique.

La dopamine et la sérotonine sont relâchées plus facilement quand tu ressens ce que tu imagines.

Visualiser ton succès n’est pas de la pensée magique. C’est de la programmation mentale fondée sur les mécanismes d’apprentissage du cerveau. Tu changes le scénario par défaut. Tu transformes ton cerveau en allié. Et tu t’autorises à croire qu’il est possible que ça marche. Et rien que ça, c’est déjà une victoire neurologique.

Chère légitimité

Le syndrome de l’imposteur n’est pas une preuve que tu es illégitime. C’est souvent la preuve que tu prends ta pratique au sérieux, que tu veux bien faire, que tu es lucide sur les enjeux. Et ça, c’est déjà le signe d’une profonde compétence intérieure.

Tu n’as pas besoin d’éliminer complètement ce doute pour avancer. Tu as besoin de le comprendre, l’apprivoiser, et apprendre à créer avec lui, pas contre lui.

Alors oui, ton cerveau adore saboter. Mais il adore aussi apprendre, s’adapter, et se réorganiser.
Ces trois techniques ne sont pas des mantras magiques. Ce sont des outils concrets, validés par les sciences cognitives, pour t’aider à reprendre la main sur ta narration intérieure.

Et si tu veux une dernière preuve que tu n’es pas un imposteur : tu es là, en train de lire un article pour mieux écrire. L’imposteur, lui, ne fait même pas ça.

Et si ça te fait peur d’être aux prises avec ce doute, cet article pourra peut-être t’intéresser: Comment un personnage nous force à regarder nos peurs en face.

Et toi, tu le ressens aussi le syndrome de l’imposteur? Tu fais quoi pour le dépasser? Dis-moi tout en commentaire 🙂

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager :-)

4 commentaires

  • Aurélie

    Ah oui il est terrible ce syndrome ! Et je suis complètement d’accord avec toi, on peut se reprogrammer notamment grâce à l’écriture, ca a fonctionné pour moi, je continue et cela me permet de voir d’autres zones de résistance.

  • CorinneAkMelu

    J’ai beaucoup apprécié cet article qui tombe à point, puisque si j’ai cliqué, c’est qu’il me parle déjà.
    La phrase qui m’a particulièrement marquée est : « Le cerveau ne fait pas bien la différence entre imaginer et vivre. »
    Cela ouvre une nouvelle façon de penser et d’envisager mon travail… et qui sait, peut-être me permettra-t-elle enfin de mener à terme mon roman, déjà remanié tant de fois.

  • Sabine Gorissen

    Bonjour Caroline

    Je me reconnais pleinement dans ce phénomène : ce sentiment de douter de mes réussites, de craindre de « ne pas être à la hauteur », de me sentir “imposteur” alors que j’ai travaillé, appris, apporté.

    C’est un travail à plein temps de reprogrammer son cerveau, de déconstruire des croyances limitantes, de valoriser ses compétences tout en acceptant sa vulnérabilité.

    Merci pour ton article qui appelle à plus de bienveillance envers nous-même

  • Jonathan

    Merci pour cet article. Je ne savais pas qu’il existait un nom pour l’effet Dunning-Kruger, bien que l’ayant vécu à plusieurs reprises en entreprise.

    De mon côté, je crois que le syndrome de l’imposteur revient surtout quand je crée quelque chose qui compte vraiment pour moi et c’est là où je te rejoins à 100 % : le doute n’est pas une preuve d’incompétence. C’est souvent la preuve qu’on essaie de bien faire.

Laisser un commentaire