Défi 101 jours

Le vide existentiel : comment bien le vivre et le transformer

Défi 101 jours – Jour 22

« Par moments, il se mettait à manger, sans plus pouvoir s’arrêter. De la junk food principalement. Des trucs industriels qui ne demandaient aucun soin. Des trucs congelés, emballés dans beaucoup de plastique. Des pizzas, des hamburgers, des cervelas… tout ce qui allait vite et pouvait se réchauffer au micro-ondes. Il n’avait pas le temps d’attendre. Il fallait qu’il remplisse ce vide qui l’encombrait.

Ce vide qui prenait toute la place, qui le hantait, qui le stressait. Ce vide qui contenait tous ses cauchemars. Ce vide était beaucoup trop grand, il y avait beaucoup trop de place pour trop de choses qu’il ne voulait pas savoir, pas comprendre, pas se rappeler… un vide terrible que sa mère ne pouvait pas combler, elle ne savait rien d’ailleurs de sa façon de dévorer, sinon, elle se serait immiscée, elle aurait décidé pour lui, décidé qu’il ne pouvait pas décider, qu’il n’était pas bon pour lui-même qu’il ne savait pas ce qui lui convenait.

Mère intrusive et abusive alors qu’elle ne l’avait pas porté. Elle l’avait accueilli, mais comme pour combler un vide elle-même, un vide entre ses deux filles, le vide d’un enfant qu’elle aurait voulu, qui allait venir, qui s’en est allé avant d’arriver au but, avant de sortir d’elle-même en hurlant. Elle l’avait accueilli parce qu’elle ne supportait pas le vide entre ses deux filles. Elle l’avait accueilli, elle le chouchoutait, l’entourait, elle aurait voulu se le greffer sur le cœur pour qu’il ne parte jamais pour qu’il reste avec elle qu’il ne se détache pas, qu’elle ne soit pas vide elle non plus.

Parce qu’elle ne supportait pas d’avoir perdu ce petit garçon à mi-parcours. Quand il était arrivé, Gabriel avait tout juste l’âge que son fils aurait eu, elle avait eu l’impression de le reconnaître, de reconnaître son petit garçon. Elle voulait effacer tout ce qu’il avait été avant. Il était son enfant, il n’avait pas besoin de savoir autre chose. »

Dans cet article
  1. Défi 101 jours – Jour 22
  2. 🌀 Le vide psychologique : d’où ça vient ?
  3. 🌀 Mère envahissante – effacement de soi
  4. 🌀 Compensations
  5. 🌀 Transformer !
  6. 🌀 L’exploration par l’écriture : fictionnaliser!
    1. 🔴 Créer un personnage ou un lieu
    2. 🔴 Mettre le vide au défi
    3. 🔴 Réécrire l’histoire
  7. 🌀 Raconter le vide pour s’en libérer

🌀 Le vide psychologique : d’où ça vient ?

Le vide. Cette sensation étrange, pesante, qui s’immisce sans prévenir. Il pousse certains à se perdre dans un flot incessant de distractions, d’autres à fuir, et d’autres encore à chercher à le remplir compulsivement. Gabriel, lui, le ressent jusque dans son estomac. Il l’avale sous forme de junk food, il tente de l’oublier, mais il revient toujours, omniprésent et oppressant. Pourtant, ce vide n’est pas un néant. Il a une histoire, une origine. Et si, plutôt que de le subir, on cherchait à le comprendre ?

Le vide intérieur se manifeste de bien des manières : perte d’identité, absence de sens, difficulté à ressentir pleinement ses émotions, ou encore sensation d’être étranger à soi-même. Dans le cas de Gabriel, ce vide prend racine dans son histoire familiale et dans une relation fusionnelle et étouffante avec sa mère adoptive.

Nos héritages familiaux ne se résument pas aux traits physiques ou aux traditions. Il existe des transmissions invisibles, ces poids inconscients qui pèsent sur nous sans qu’on en ait conscience. Un enfant peut porter le fardeau d’un deuil non exprimé, d’un traumatisme familial resté dans l’ombre. Pour Gabriel, la question est claire : ce vide est-il vraiment le sien ? Ou est-il en train de combler celui d’un autre ?

🌀 Mère envahissante – effacement de soi

La mère adoptive de Gabriel incarne ce que l’on appelle une mère dévorante. Une présence qui ne se contente pas d’aimer, mais qui s’approprie, qui façonne son enfant à son image, l’empêchant d’exister en dehors de cette relation étouffante. Pour elle, Gabriel n’est pas simplement un fils : il est une réponse à un manque, une compensation à la perte d’un autre enfant.

Lorsque l’amour maternel devient possession, l’enfant perd son espace vital. Il n’a plus de place pour exister pleinement, pour être lui-même. Les conséquences sont souvent lourdes :

  • Difficulté à se détacher émotionnellement.
  • Sensation de ne pas être maître de sa propre vie.
  • Peur de l’indépendance et de l’autonomie.

Ce type de relation entraîne un paradoxe douloureux : on se sent submergé par l’autre, mais vide de soi-même.

🌀 Compensations

Face à cette sensation oppressante, on développe des stratégies pour la contourner, souvent sans même s’en rendre compte. Gabriel a choisi la nourriture industrielle. D’autres se réfugient dans les addictions, les relations toxiques, ou cherchent une validation extérieure incessante.

L’addiction, quelle qu’elle soit, est une réponse instinctive au vide. On tente de le remplir avec des stimuli immédiats, de repousser l’inconfort, d’éviter le face-à-face avec soi-même. Mais derrière chaque comportement automatique se cache une question essentielle : qu’essaie-t-on d’éviter ?

Pourquoi la nourriture joue-t-elle un rôle si central dans le cas de Gabriel ?

  • Manger, c’est une expérience tangible, une manière de s’ancrer dans le réel.
  • Les aliments industriels procurent une gratification immédiate, sans préparation, sans attente, sans réflexion.
  • Ils remplacent, inconsciemment, la présence maternelle. Ils rassurent, apaisent, comblent un besoin émotionnel.

Mais cette compensation est éphémère. Une illusion qui ne fait que masquer un malaise plus profond.

D’autres, au contraire, tentent de fuir ce vide en embrassant une liberté totale. C’est peut-être le cas de Gabriel. Son besoin d’indépendance absolue, son errance, sont autant de tentatives pour s’extraire de cette relation maternelle qui l’enferme. Mais partir sans se comprendre, c’est risquer de reproduire le schéma sous une autre forme. Car fuir ne signifie pas se libérer.

🌀 Transformer !

Alors, comment transformer ce vide en quelque chose de constructif ?

  1. Le comprendre : Aucun vide n’apparaît sans raison. Il est essentiel d’explorer son histoire, d’identifier ses origines, de reconnaître les schémas qui se répètent.
  2. Accepter qu’il ne peut être comblé par des artifices : La nourriture, les relations superficielles ou l’hyperactivité ne sont que des béquilles temporaires.
  3. Le réinvestir autrement : Ce vide n’est pas une fatalité. Il peut devenir un espace à explorer, un terrain pour se reconstruire, une opportunité de transformation.

🌀 L’exploration par l’écriture : fictionnaliser!

L’écriture est une manière puissante d’extérioriser ses angoisses. Plutôt que de subir son vide, pourquoi ne pas le raconter ? Lui donner une voix, un visage, une existence tangible ? Qui vous parle ou s’adresse à votre personnage (qui est quand même un peu vous…) Donc, quand je dis « vous », c’est vraiment vous, ou c’est votre personnage si vous restez dans la fiction.

🔴 Créer un personnage ou un lieu

Plutôt que d’ignorer cette sensation, pourquoi ne pas la personnifier ? Imaginez que votre vide/celui de votre personnage soit une entité, une présence. À quoi ressemblerait-elle ? Comment interagirait-elle avec vous ?

✒️ Écrivez une scène où le vide prend forme. Est-ce une ombre qui vous / qui le suit ? Une pièce où tout disparaît peu à peu ? Un murmure insistant dans votre esprit ?

🔴 Mettre le vide au défi

Tout récit implique une quête. Si le vide avait une volonté propre, que chercherait-il à obtenir de vous ?

✒️ Faites dialoguer votre personnage avec son vide. Que lui demanderait-il ? Comment réagirait-il en obtenant une réponse ?

🔴 Réécrire l’histoire

Si le vide est le fruit d’une relation étouffante, imaginez une alternative. Une version où votre personnage grandit libre de ces entraves. Comment serait sa vie ? Que ferait-il différemment ?

✒️ Imaginez un Gabriel alternatif, un Gabriel qui aurait eu la possibilité d’être pleinement lui-même. Que devient-il ?

🌀 Raconter le vide pour s’en libérer

Le vide n’est pas un ennemi. Il est une invitation à l’exploration. Plutôt que de lutter contre lui, pourquoi ne pas lui donner une forme, une place, une histoire ?

En le racontant (via votre personnage) :

  • Vous cessez de le subir passivement.
  • Vous lui donnez un cadre pour le comprendre.
  • Vous ouvrez la porte à une transformation intérieure.

Alors, la prochaine fois que cette sensation refait surface, ne la fuyez pas, ne mangez pas, ne fumez pas. Prenez un stylo. Écrivez-la. Fictionnalisez-la. Faites-en un personnage. Une quête. Une histoire. Car au fond, peut-être que ce vide n’est pas une fin en soi. C’est peut-être juste le début de quelque chose de nouveau.

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6 commentaires

  • Rémi

    Merci pour cet article captivant ! J’ai trouvé ta réflexion sur le vide existentiel extrêmement pertinente et touchante. La manière dont tu explores les racines profondes de ce vide et les stratégies que l’on met en place pour le combler m’a vraiment fait réfléchir. Une belle invitation à mieux comprendre et transformer ce sentiment 🙂

  • Vincent

    Merci Caroline pour cet article profond sur le vide existentiel. Il est vrai que cette sensation de vide peut parfois nous envahir, nous poussant à chercher des moyens de le combler, souvent de manière compulsive. Ton approche, qui consiste à comprendre l’origine de ce vide et à l’explorer à travers l’écriture, offre une perspective intéressante pour transformer cette sensation en une opportunité de croissance personnelle. Merci encore pour ce partage inspirant.

  • Jackie

    Un article d’une profondeur saisissante qui explore avec justesse ce sentiment complexe qu’est le vide intérieur. J’ai apprécié la réflexion sur nos héritages familiaux invisibles et le poids inconscient qu’ils peuvent représenter. L’histoire de Gabriel, si personnelle, résonne de manière universelle et rappelle l’importance de chercher à comprendre plutôt qu’à fuir. Merci pour cette analyse enrichissante qui nous invite à transformer ce vide en une opportunité de reconquête de soi.

    • Caroline

      Merci pour ce commentaire si positif, Jackie 🙂
      Si je puis dire, le vide est plein de toute sorte de choses qu’on porte en soi, souvent inconscientes, et à mon sens, c’est un de nos devoirs de vie de les mettre au jour.

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