Psychogénéalogie et Écriture : comment la fiction devient miroir de l’auteur
- Défi 101 jours – Jour 13
- Et si écrire de la fiction, c’était avant tout se raconter soi-même… sans toujours le savoir ?
- 👻 Les Fantômes dans les marges : ce que vous écrivez sans le savoir
- 🌳 Écrire pour déterrer les secrets (et pas que ceux des personnages)
- 🧬 Quand l’auteur devient l’enquêteur de sa propre lignée
- 💡 Lucy, Julian et l’ombre du père : quand l’absence devient héritage
- ✨ La dynamique cachée ?
- Écrire pour guérir (ou au moins, pour comprendre)
- En bref ?
Défi 101 jours – Jour 13
« Non seulement Julian la rejetait alors qu’elle voulait faire partie de sa bande, mais en plus, elle trouvait très injuste qu’il ait des souvenirs de leur père. Lucy avait trois ans quand il avait été retrouvé noyé et n’en avait aucun souvenir. Julian en avait huit. Ce n’était pas vieux non plus, mais au moins, il s’en rappelait. Elle lui demandait souvent comment il était, ce qu’il disait, mais son frère refusait de lui donner des détails. Ou alors il lui racontait des histoires qu’elle buvait comme un élixir de bonheur, puis quand elle avait des étoiles dans les yeux, il éclatait de rire et lui disait : « Mais non, ce n’est pas vrai, j’ai tout inventé ! »
Alors elle partait en courant et allait se cacher dans un endroit où il ne la verrait pas pleurer. Il faut dire que ce sale gosse maniait la cruauté avec une habileté étonnante. Ou pas tant que ça, les enfants sont parfois naturellement barbares entre eux. Lucy, de son côté, se faufilait en cachette dans sa chambre où elle savait qu’il gardait des photos, un peu cornées, aux couleurs délavées, signe qu’il les regardait souvent. On le voyait en train de pêcher avec Oliver et lever un poisson en signe de victoire. Ou encore le père avec la main sur l’épaule de son fils au sourire édenté le jour de sa première communion. Ou bien lors d’un pique-nique, en train de rire tout en cuisant des saucisses sur un bout de bois.
Tous ces moments, elle ne les avait pas vécus, ou alors trop petite pour que les souvenirs se soient marqués dans sa mémoire. Ce manque, et la façon dont Julian en jouait, la rongeaient de l’intérieur et elle en voulait à son frère d’être né plus tôt qu’elle, peut-être aussi d’avoir pris dans le cœur de leur père une place qu’elle n’avait pas eu le temps de construire.
Un jour, elle avait fait une opération commando dans toute la maison, discrètement, et avait rassemblé toutes les photos de leur père dans une valisette sous son lit. Pendant quelques jours, c’était passé inaperçu, puis elle avait entendu un hurlement de Julian qui ne retrouvait pas les précieux clichés. Il avait tempêté, leur mère s’en était mêlée, mais elle avait fait semblant de rien. Elle avait juste goûté la victoire de voir son frère en détresse, la vengeance de toutes les fois où il avait inventé ces moments magiques et lui avait ri au nez.
Puis, comme négligemment, elle avait remis quelques photos sous le lit de son frère, qui avait voulu savoir ce qui s’était passé et comme il avait encore fait toute une histoire, leur mère l’avait sèchement remis à sa place, ce qu’il détestait parce qu’il considérait qu’en tant que fils aîné, il avait droit à la préférence. Lucy avait eu le sourire aux lèvres pendant des jours, sans que personne ne se demande pourquoi… »

Et si écrire de la fiction, c’était avant tout se raconter soi-même… sans toujours le savoir ?
Quand on parle de psychogénéalogie, on imagine souvent des arbres généalogiques un peu poussiéreux, des ancêtres qu’on n’a jamais connus et des secrets de famille bien enfouis. Mais là où ça devient vraiment intéressant, c’est quand ces fantômes familiaux commencent à hanter… votre écriture.
Pas juste vos personnages. Vous.
Parce qu’écrire, c’est un peu comme tendre un micro à votre inconscient. Et parfois, il a des trucs à dire sur votre lignée.
👻 Les Fantômes dans les marges : ce que vous écrivez sans le savoir
Prenons un exemple simple : vous écrivez un personnage qui se sent toujours “à côté”, jamais vraiment intégré. Vous développez ses peurs, ses colères, son sentiment d’injustice. Puis un jour, sans crier gare, vous réalisez que ce personnage, c’est votre grand-père paternel. Ou plutôt, ce que vous imaginez de lui. Cet homme dont on a peu parlé dans la famille, mais dont l’ombre flotte encore dans les non-dits.
💡 Pourquoi ça arrive ?
Parce que l’écriture est un terrain de jeu parfait pour les loyautés invisibles. Ces petites chaînes discrètes qui relient les générations entre elles. On croit qu’on invente. Mais en fait, on répare. Ou on rejoue.
👉 Astuce : Après avoir écrit une scène forte, demandez-vous :
“Et si ce personnage portait une histoire familiale que je ne connais pas encore ?”
Spoiler : souvent, c’est le cas.
🌳 Écrire pour déterrer les secrets (et pas que ceux des personnages)
La psychogénéalogie nous dit que certains secrets familiaux laissent des traces invisibles. Des vides, des répétitions, des blocages. Et l’écriture devient alors un laboratoire d’exploration.
Exemple d’exercice (et ça marche, promis) :
- Prenez un personnage qui vous intrigue. Celui dont vous sentez qu’il y a “un truc pas net” que vous n’avez pas encore capté.
- Posez-lui des questions comme si vous étiez son thérapeute :
- “De qui tiens-tu ce caractère ?”
- “Quel événement familial t’a laissé cette cicatrice ?”
- “Quel est le secret que tu caches, même à toi-même ?”
- Et là… écoutez ce qui remonte.
Très souvent, ce qui émerge n’est pas seulement lié à votre personnage. C’est lié à vos propres schémas. À ces histoires que vous portez sans les connaître.
🧬 Quand l’auteur devient l’enquêteur de sa propre lignée
Écrire sous l’angle de la psychogénéalogie, c’est accepter de jouer à l’apprenti détective. Sauf que le mystère à résoudre n’est pas “Qui a tué Roger dans le salon avec la clé anglaise ?” mais plutôt :
“Quelles histoires mon inconscient tente-t-il de réécrire à travers cette fiction ?”
Et parfois, ça mène à des prises de conscience puissantes. Vous réalisez que :
- Ce personnage de mère distante ressemble étrangement à votre arrière-grand-mère dont on ne parlait jamais.
- Le thème de la trahison revient systématiquement dans vos récits… comme dans l’histoire de ce grand-oncle disparu après “une embrouille” familiale.
- Ou encore que cette obsession pour les personnages “en quête de leur place” résonne avec ce cousin jamais reconnu officiellement.
💡 Lucy, Julian et l’ombre du père : quand l’absence devient héritage
Prenons maintenant Lucy, Julian et leur père noyé trop tôt. La situation est parfaite pour une lecture psychogénéalogique, et elle montre bien comment l’absence peut devenir plus lourde que la présence.
Pour Lucy, l’absence du père n’est pas un simple vide. C’est un gouffre. Elle n’a pas de souvenirs directs, alors elle puise dans ceux de Julian — mais il les garde jalousement. Ce qui aurait pu être un lien fraternel devient un champ de bataille. Mais la vraie question, c’est : qu’est-ce que Lucy cherche vraiment ?
Elle ne cherche pas le père en tant que personne. Elle cherche la place qu’elle n’a jamais eue dans la mémoire familiale.
En psychogénéalogie, l’absence d’un parent crée souvent des trous symboliques que les enfants tentent de combler. Lucy, elle, essaie de s’approprier les souvenirs comme s’ils pouvaient réparer ce vide existentiel. Mais derrière sa jalousie envers Julian se cache une question plus profonde :
“Si je n’existe pas dans la mémoire de mon père, est-ce que j’existe vraiment dans la lignée familiale ?”
Et là, c’est du lourd. Parce que ça renvoie à ce qu’on appelle le syndrome du fantôme en psychogénéalogie : ces descendants qui portent, sans le savoir, la charge émotionnelle de ceux qui sont partis trop tôt. Lucy, quelque part, est celle qui essaie de ramener le père en reconstituant ses souvenirs. Sauf que ce n’est pas son rôle — et c’est ce qui la ronge.
Pendant ce temps, Julian, lui, campe sur ses souvenirs comme un roi sur son trône. Non pas par pure méchanceté, mais parce qu’il porte la lourde charge du « gardien de la mémoire ». Il détient le lien direct avec le père, et ça l’isole autant que ça le rend puissant.
✨ La dynamique cachée ?
- Lucy = le manque, la quête d’un père jamais connu.
- Julian = le fardeau du souvenir, et la peur inconsciente de « perdre » ce père une deuxième fois si d’autres s’approprient ses souvenirs.
Le conflit n’est donc pas juste une querelle de gosses. C’est une lutte pour la légitimité dans la lignée.
💡 Et si Lucy comprenait que ce n’est pas dans les souvenirs tangibles qu’elle trouvera sa place, mais dans sa propre capacité à recréer du sens ? Là, elle ne comblerait plus un vide, elle en sortirait.
Écrire pour guérir (ou au moins, pour comprendre)
Et c’est là que la psychogénéalogie devient précieuse pour l’auteur. Parce que dans cette histoire de jalousie et de souvenirs volés, peut-être qu’il y a quelque chose qui résonne personnellement. Une absence qu’on a portée, un rôle familial qu’on a endossé malgré soi.
Écrire, alors, devient un acte de réparation symbolique.
Pas besoin de résoudre tous les drames familiaux pour que ça fonctionne. Parfois, comprendre qu’on réécrit des histoires qui ne sont pas totalement les nôtres, c’est déjà libérateur.
En bref ?
Quand vous écrivez un personnage qui se débat avec un vide, un secret ou un héritage trop lourd, demandez-vous :
“Et si ce vide venait d’un fantôme familial, pas encore apaisé ?”
C’est souvent là que la vraie histoire commence.
Et vous, qui sont vos fantômes? Dites-le moi en commentaire 😊👻