Défi 101 jours

Écrire pour donner du sens : quand la fiction devient un chemin de résilience

Dans cet article
  1. Défi 101 jours – jour 16
  2. Que dirait Viktor Frankl ?
  3. 📖 La fiction : ce bac à sable pour donner du sens au chaos
  4. ✍️ Rejouer la souffrance pour mieux la comprendre
  5. 🎭 Modifier le point de vue pour ouvrir de nouvelles perspectives
  6. 🌟 La fiction comme espace de réécriture existentielle
  7. 🧩 Les grands thèmes de Frankl à explorer en fiction :
  8. 🎬 La fiction : un terrain de dépassement sans risque réel
  9. 💡 Donc, écrire, c’est aussi chercher du sens

Défi 101 jours – jour 16

« Certains jours, il restait là, comme ça, immobile, sans rien faire. Assis à côté de la fenêtre, à regarder le chemin qui menait jusque chez lui. Ce chemin où tellement peu de personnes passaient. Où de moins en moins de personnes passaient. La solitude gagnait du terrain autour de lui. Son karma sans doute.

Petit, il avait été un enfant sociable, mais comme il n’avait ni frère ni sœur, il avait pris l’habitude de jouer en solo. Ses parents étaient morts quand il avait quatorze ans. Il avait vécu avec son grand-père jusqu’à dix-huit ans, puis il était parti étudier. Oxford, son rêve de toujours. C’est là qu’il avait rencontré Rose. Une évidence. Au premier regard, il avait su et avait connu un bonheur inimaginable. Ensuite, l’arrivée des jumeaux. La rencontre avec ce groupe qui avait constitué une famille pour lui. Oliver qui était devenu son meilleur ami. Et puis ce jour d’été, resplendissant, qui avait fini en cauchemar.

Une si grande perte. Rose avait sombré. Puis quand il avait compris, tout compris, il était parti au bout du monde, pour échapper à ce qui ne manquerait pas d’éclater un jour où l’autre. Pour éviter de faire encore plus de dégâts. On avait piétiné son bonheur et lui s’était arrangé pour lui donner le coup de grâce. Pourrait-il un jour retourner en arrière ? Renouer… avec qui ? Ceux qu’il avait laissés, étaient-ils toujours vivants ? Il avait cru pouvoir tout oublier, refaire sa vie. Mais là, assis près de la fenêtre, il n’était plus qu’une coquille vide. Une version abrégée de l’homme qu’il avait été. Aurait-il un jour le courage de tout affronter ? De recréer des liens pour peut-être les reperdre aussi vite ?

Ou rester là, se terrer, dans ce coin de pays où la magnificence de la nature ne soulageait rien, où la chaleur des gens ne guérissait pas le vide qui s’était creusé en lui. Le soleil avait tanné sa peau, la lumière avait brûlé ses larmes. Il en avait pleuré tellement que sa réserve s’était épuisée définitivement. Il était devenu un fruit sec, qui se racornissait au fil du temps… »

Que dirait Viktor Frankl ?

Quand la vie nous secoue, quand les drames surgissent sans prévenir, on cherche souvent des réponses. Pourquoi ça m’est arrivé ? Comment continuer après ça ? Et parfois, il n’y a pas de réponse immédiate. C’est là que la fiction intervient. Pas pour résoudre tous les problèmes, mais pour offrir un terrain d’exploration où l’on peut, en toute sécurité, rejouer les drames, tester des scénarios, et peut-être, petit à petit, donner du sens à ce qui semblait en être dépourvu. L’écriture a toujours eu ce pouvoir un peu mystérieux : celui de transformer le chaos en quelque chose de compréhensible, ou au moins de le rendre supportable.

C’est justement ce que pensait Viktor Frankl, le fondateur de la logothérapie. Selon lui, ce qui motive profondément l’être humain, ce n’est pas la recherche du plaisir ou du pouvoir, mais la quête de sens. Et c’est souvent l’absence de sens qui rend la souffrance insupportable. On n’est pas détruit par ce qui nous arrive, mais par l’impression que cela n’a aucun sens.

Alors, comment relier cette approche à l’écriture de fiction ? En comprenant que créer des histoires, c’est plus qu’un simple divertissement : c’est un outil puissant pour explorer ses propres blessures, rejouer ses traumatismes et, parfois, les transcender.

📖 La fiction : ce bac à sable pour donner du sens au chaos

Quand vous écrivez une histoire, vous construisez bien plus qu’un simple scénario. Vous créez un espace où vos personnages peuvent vivre des situations complexes, traverser des crises, et tenter de s’en sortir — ou pas. Ce n’est pas anodin. Car ces personnages, même fictifs, deviennent souvent le reflet de vos propres questionnements.

Dans l’approche de Frankl, le personnage est un miroir :

  • Il porte, parfois inconsciemment, les blessures ou dilemmes de l’auteur.
  • Sa quête de sens devient un terrain d’expérimentation. Que se passe-t-il si, après un drame, il décide de tout abandonner ? Ou au contraire, s’il trouve un levier pour se relever ?

💡 Exemple pratique :
Imaginez que vous créez un personnage qui a tout perdu. Posez-vous la question : “Pourquoi continuer quand tout semble foutu ?” En l’obligeant à chercher cette réponse, vous vous offrez, en tant qu’auteur, un espace pour explorer des pistes que vous n’auriez pas osé envisager directement.

✍️ Rejouer la souffrance pour mieux la comprendre

Frankl insiste sur une idée forte : la souffrance n’est pas un obstacle en soi, c’est l’absence de sens qui la rend paralysante. En fiction, l’auteur peut rejouer des événements douloureux et, à travers ses personnages, chercher à les comprendre, à les recadrer, voire à les dépasser.

Quelques techniques inspirées de la logothérapie :

  • Écrire des fins alternatives : Et si le personnage décidait de pardonner ? Ou au contraire, de couper tout lien ? Quel impact cela aurait-il sur son cheminement ?
  • Mettre en scène la catharsis : Permettez au personnage de vivre une libération émotionnelle forte — une confrontation, un aveu, ou même un moment de paix inattendu.

💡 Exemple pratique :
Si votre personnage est figé dans la solitude, pourquoi ne pas créer un dialogue posthume ou symbolique avec quelqu’un qu’il a perdu ? Ce genre de scène permet souvent d’explorer des émotions enfouies.

🎭 Modifier le point de vue pour ouvrir de nouvelles perspectives

Frankl soutenait que ce qui compte, ce n’est pas l’événement en lui-même, mais la manière dont on l’interprète. En fiction, vous avez le pouvoir de changer ces interprétations à travers des outils narratifs simples mais puissants.

Applications concrètes :

  • Changer de perspective : Racontez un moment clé du point de vue d’un autre personnage. Cela peut complètement changer la dynamique de l’histoire et ouvrir des pistes inattendues.
  • Explorer les non-dits : Peut-être que votre personnage n’a pas toute la vérité sur ce qui lui est arrivé. Quelles révélations pourraient redéfinir sa perception du drame ?

💡 Exemple pratique :
Si le personnage se sent coupable d’un événement tragique, imaginez qu’il découvre plus tard qu’il n’en était pas responsable. Ou, mieux encore, que son rôle était tout autre que ce qu’il pensait. Le simple fait de modifier le prisme change la charge émotionnelle.

🌟 La fiction comme espace de réécriture existentielle

Frankl voyait la vie comme un récit en construction, une sorte de manuscrit inachevé. Et en fiction, l’auteur a cette liberté : il peut tester plusieurs versions d’un même événement, explorer différentes réactions, et surtout, imaginer des lendemains qui ne sont pas encore écrits.

L’écriture devient alors un véritable laboratoire intérieur :

  • Elle permet d’expérimenter des futurs possibles.
  • Elle donne à l’auteur la possibilité de revisiter des blessures et de les voir autrement.

🖋️ Exercice pratique :
Prenez une scène centrale et écrivez-la deux fois :

  1. Une version où le personnage reste enfermé dans son blocage émotionnel.
  2. Une version où il parvient, même partiellement, à dépasser sa douleur.

Ce simple exercice montre comment la fiction offre des options que la réalité ne propose pas toujours d’emblée.

🧩 Les grands thèmes de Frankl à explorer en fiction :

  • La résilience par la perte : Comment le personnage se reconstruit-il après un drame ?
  • La liberté intérieure face à l’inévitable : Même si un événement est irréversible, le personnage peut encore choisir son attitude face à lui.
  • La responsabilité existentielle : Le personnage prend-il la responsabilité de sa vie, ou reste-t-il figé dans son rôle de victime ?

💡 Idée à creuser :
Imaginez que votre personnage, perdu dans ses regrets, tombe sur un élément du passé (une lettre, une photo, un objet symbolique) qui réactive sa mémoire et rouvre la porte au changement. Ce petit déclencheur peut être le point de bascule vers un nouveau sens.

🎬 La fiction : un terrain de dépassement sans risque réel

Ce qui est fascinant avec l’écriture, c’est qu’elle permet d’essayer des choses sans conséquences. On peut tout perdre, tout retrouver, échouer dix fois ou réussir à la onzième tentative. La fiction offre un espace où l’on peut rejouer les traumatismes, en modifier la structure, ou tout simplement les observer sous un autre angle.

Et parfois, en réécrivant la trajectoire d’un personnage, on finit par éclaircir des zones d’ombre en soi-même. Pas toujours de façon consciente, mais le processus est là.

💡 Donc, écrire, c’est aussi chercher du sens

Mêler la fiction à l’approche de Viktor Frankl, ça permet de comprendre que derrière chaque histoire, il y a une quête de sens — parfois claire, parfois cachée.

L’écriture devient alors plus qu’un simple acte créatif : c’est un terrain d’exploration de soi. Un espace où l’on peut rejouer, réécrire et, surtout, donner du sens à ce qui semblait en manquer.

Comme le disait Frankl : « Ce n’est pas la vie qui nous doit un sens, c’est à nous de le lui donner. » Et la fiction est l’un des plus beaux terrains pour le faire.

Alors, écrivez. Non pas pour fuir le réel, mais pour y revenir, un peu plus fort, un peu plus clair. Et surtout, un peu plus libre.

Et pour vous, tout ça, ça a du sens ? Dites-le-moi en commentaire ⬇️

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12 commentaires

  • Jerome

    J’adore l’idée de la fiction comme « bac à sable » pour donner du sens au chaos. C’est tellement vrai qu’écrire permet d’explorer nos blessures sous un autre angle, sans risque réel. Merci pour cette perspective éclairante ! 🙌✨

  • jean@eloquence-pro.fr

    Quand a fiction devient alors un moyen de transcender la souffrance et de donner un nouveau sens à ce qui semblait chaotique. L’idée que la fiction puisse être un terrain d’exploration pour transformer nos blessures en quête de sens résonne profondément.
    As-tu un exercice favori pour aider à dépasser un blocage émotionnel (par exemple la colère ) à travers l’écriture ? 😊

    • Caroline

      Merci pour ton commentaire 🙂
      A propos de la colère, voici un article où j’en parle: https://fictiontherapie.com/defi-101-jours-explorer-la-colere-a-travers-lecriture/
      Sinon, ce qui me semble intéressant, c’est de se demander qui ou quoi provoque cette colère, en faire des personnages, les faire dialoguer, amplifier et exagérer les choses, se permettre de faire dire aux personnages tout ce qu’on ne se permettrait pas de dire dans la réalité, et commettre des actes qu’on ne se permettrait pas non plus. Nul besoin, évidemment, de montrer ces textes-là à des gens qui ne comprendraient pas la démarche 😉

  • Jackie

    C’est une véritable ode à la puissance de la fiction en tant qu’outil de résilience et de guérison. Merci de nous rappeler que nos mots ont le pouvoir de nous libérer et de nous élever.

    • Caroline

      Merci à vous pour ce commentaire positif!
      Oui, le verbe est créateur 🙂
      Nous pouvons imaginer toute sorte de variantes dans nos vécus, ça peut donner une vision différentes des choses et parfois les apaiser, et nous en libérer.

  • Genka Dincheva Shapkarova

    Bonjour! J’ai vraiment aimé ton article et je peux m’y référer. Bien que mon monde écrit que je partage dans mon blog ne soit pas fantastique, votre lecture se connecte fortement à mes écrits, qui sont réalistes, mais mon imagination est si forte que les deux mondes peuvent souvent être confondus. L’écriture est une thérapie pour moi, définitivement.

    • Caroline

      Merci pour votre réflexion!
      Oui, l’écriture est une thérapie, quoi que l’on écrive, fiction ou non.
      Ravie de voir qu’il peut y avoir des ponts entre nos mondes respectifs 🙂

  • MJF_Vivre-de-Sa-Plume

    Puissant et inspirant ! 🔥 L’écriture comme chemin de résilience, c’est en plein dans le thème de mon blog, et ça m’inspire énormément. On croit souvent que la fiction sert à fuir la réalité, alors qu’en fait, elle permet surtout de mieux l’appréhender et de lui donner du sens. Ça fait vraiment plaisir de tomber sur un blog dont les sujets résonnent avec ce que j’explore moi aussi. On a la même vision des choses ! Ça me fait réfléchir à de futures perspectives, pourquoi pas ! Merci pour cette réflexion éclairante. 💡✍️

    • Caroline

      Merci pour ce retour si enthousiaste!
      Oui, nous sommes dans des domaines connexes 🙂
      La fiction permet d’appréhender les choses sous des angles variés, c’est un de ses gros avantages.
      Mais si on aime ça, l’important c’est d’écrire, peu importe la forme !
      Au plaisir d’échanger encore avec toi !

  • senrichiravecpierreelie

    Je n’avais jamais entendu parler de logothérapie. Mais je suis profondément convaincu que l’écriture est un exutoire. Je n’ai pas de talent particulier pour l’écriture, mais j’adore. Déjà adolescent j’avais un « journal intime » comme beaucoup d’adolescents. Et puis plus tard j’ai commencé de nombreux livres sans jamais les terminer. Aujourd’hui, ma passion pour l’écriture se traduit par mon blog. L’écrit permet, selon moi, de traduire plus facilement ses pensées, voire de les guider, que l’oral. J’adore le lien que tu fais entre l’écriture et les blessures pour les soigner. Relier les maux et les mots en quelque sorte.

    • Caroline

      Merci pour ton commentaire Pierre-Elie!
      D’accord avec toi pour l’écriture comme exutoire, et nul besoin d’avoir du talent, juste l’envie d’utiliser ce moyen 🙂
      Selon moi, l’écriture laisse aussi plus de temps à la pensée pour se développer que l’oral.
      Au plaisir d’échanger encore !

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