Défi 101 jours

Le Shadow Work : parfois affronter l’inconnu devient un combat intérieur

Dans cet article
  1. Défi 101 jours – Jour 19
  2. C’est quoi, le Shadow Work?
    1. 🔴Dilemme…
    2. 🔴 L’énergie de l’ombre
    3. 🔴 Paresse ou impuissance ?
    4. 🔴 Du cœur au ventre : l’alchimie du courage
  3. Écrire pour explorer l’ombre
    1. 🟢 Laisser parler un personnage à sa place
    2. 🟢 Mettre en scène la peur de l’inconnu
    3. 🟢 Accepter que l’histoire ne soit pas « parfaite »
    4. 🟢 Réécrire pour comprendre
    5. 🟢 Laisser émerger des solutions
  4. Écrire, non pas pour fuir, mais pour avancer

Défi 101 jours – Jour 19

« Certains jours, il n’avait plus le courage – ou plus d’énergie – d’ailleurs c’était quoi la différence ? Quand il était petit, sa mère lui disait : « Allez, courage », c’était plutôt quand il devenait geignard et qu’il ne voulait plus avancer, plus rien faire, parce qu’il n’avait plus de jus. Pas parce qu’il avait peur de quoi que ce soit. Mais alors, le courage, c’était quoi ? Se donner du cœur au ventre ? Drôle d’expression. Quel lien entre le cœur et le ventre ? On parlait de lien ventre et cerveau, mais cœur et ventre ? Emotion-digestion, digestion des émotions ? Poppy avait sans doute raison, il y avait des choses qu’il ne digérait pas.  Mais quoi ? Tout ce qu’il ne digérait pas, il n’en avait aucun souvenir. Ça faisait partie de sa vie d’avant. Est-ce que le courage, ce serait d’aller « voir quelqu’un » comme lui suggérait sa sœur ? Au fond, qu’est-ce qu’il redoutait ? Il n’aimait pas parler de sa vie, surtout pas à un inconnu. C’était peut-être un pas à franchir. La question c’était pourquoi il ne voulait pas parler à quelqu’un.

En fait, ça le fatiguait d’avance. Il avait l’impression de devoir déplacer une montagne. Et puis qu’allait-il découvrir ? Ce n’était sûrement pas pour rien qu’il avait occulté les sept premières années de sa vie. La clé était peut-être dans ces cauchemars qui hantaient ses nuits et le laissaient sans énergie au petit matin. Si au moins il se souvenait de ses cauchemars, il pourrait les faire analyser. En parler à quelqu’un qui ferait le job à sa place ? On en revenait toujours là, il n’avait pas envie de se confronter à… à quoi ? Il tournait en rond. Tant qu’il ne plongeait pas dedans, c’était toujours l’inconnu. Si au moins il avait la certitude d’aller mieux, qu’il n’aurait plus de cauchemars et de l’énergie à revendre tous les matins, ce serait tout bénéf. Mais comment le savoir sans y aller ?

Du cœur au ventre, donc ? C’était à la fois une question d’oser et une question d’énergie. Non, à ce stade, du courage, il n’en avait pas… »

C’est quoi, le Shadow Work?

Ce texte, c’est sans doute un écho de ce que beaucoup ressentent face à l’introspection profonde. Cette sensation étrange d’avoir quelque chose à explorer, mais de se heurter à une résistance invisible. De vouloir avancer, mais d’avoir l’impression que chaque pas est un effort monumental. Et surtout, cette peur sourde, diffuse, d’ouvrir une porte qu’on a inconsciemment gardée fermée pendant des années.

C’est là qu’on touche à ce que Carl Jung appelait le « shadow work » – ce travail d’exploration des parts de nous-mêmes que nous avons reléguées dans l’ombre. Tout ce qui a été refoulé, ignoré, enfoui, parfois dès l’enfance. Des émotions, des souvenirs, des aspects de notre personnalité que nous avons mis de côté pour survivre à une époque donnée, mais qui n’ont pas disparu pour autant.

La réflexion du personnage en est une bonne illustration.

Le narrateur n’a pas peur d’un danger concret. Il n’est pas confronté à une menace extérieure. Ce qu’il redoute, c’est lui-même. Son passé. Les souvenirs qu’il ne possède plus, mais qui continuent de l’habiter sous forme de cauchemars. Il ne sait pas exactement ce qu’il va trouver s’il plonge dans son inconscient, mais il pressent que ce ne sera pas anodin.

🔴Dilemme…

Et c’est là qu’apparaît le dilemme classique du shadow work :

  • D’un côté, il sent que la clé de son mal-être est là, juste sous la surface. Il sait qu’il aurait probablement tout à gagner à faire ce travail.
  • De l’autre, il n’a pas envie. Trop d’effort, trop d’énergie, trop d’incertitude. Et si cela le bouleversait plus que cela ne le soulagerait ? Et si ce qu’il allait découvrir était pire que ce qu’il imagine ?

Alors il tourne en rond. Comme nous tous quand on sait qu’on doit affronter quelque chose, mais qu’on repousse encore un peu. Parce que tant qu’on ne regarde pas ce quelque chose en face, ça reste flou, indéfini. Et d’une certaine façon, cette indéfinition est plus supportable que la confrontation directe.

🔴 L’énergie de l’ombre

Une autre chose peut attire l’attention: le lien entre courage et énergie.

Le narrateur ne dit pas qu’il a peur au sens traditionnel du terme. Il dit qu’il n’a pas l’énergie. Comme si faire ce travail intérieur lui demandait une quantité d’effort qu’il ne possède tout simplement pas.

Et c’est là un des aspects les plus fascinants du shadow work. Parce que ce que nous réprimons, ce que nous gardons dans l’ombre, ne disparaît pas. Ça continue de peser. De pomper notre énergie en arrière-plan. C’est comme essayer de garder un ballon sous l’eau : ça demande une force constante.

Les cauchemars, la fatigue, l’impression d’être vidé… Ce sont des manifestations classiques d’un inconscient qui lutte.

L’ironie, c’est que le seul moyen de retrouver son énergie, c’est précisément d’aller voir ce qui se cache là-dessous. De lâcher ce ballon au lieu d’épuiser ses forces à le retenir.

🔴 Paresse ou impuissance ?

Le narrateur aimerait que quelqu’un d’autre fasse le travail. C’est une pensée qui revient souvent quand on est face à une tâche qui nous dépasse. Est-ce de la paresse ? Peut-être, en surface. Mais en profondeur, c’est surtout un sentiment d’impuissance.

Quand quelque chose nous semble trop grand, trop flou, trop complexe, notre premier réflexe, c’est souvent de vouloir déléguer. Parce qu’on ne sait pas par où commencer. Parce qu’on a peur de mal faire. Parce qu’on ne sait même pas si on en est capable.

Mais le problème, c’est que personne ne peut faire ce travail à sa place. Un thérapeute peut accompagner, un proche peut écouter, mais au bout du compte, c’est lui seul qui doit plonger dans ses propres ombres.

Et c’est là le vrai défi du shadow work.

Avoir le courage – ou plutôt, l’énergie – d’aller voir ce qui nous habite. Accepter de ne pas tout comprendre tout de suite. Faire un premier pas, même minuscule. Et surtout, accepter que ce ne sera pas confortable, mais que le vrai soulagement, la vraie libération, est de l’autre côté.

🔴 Du cœur au ventre : l’alchimie du courage

Le narrateur termine sur une question simple : du cœur au ventre, donc ?

Comme une intuition que le courage n’est pas une question de volonté brute, mais d’un équilibre entre le cœur (les émotions, l’envie de se libérer) et le ventre (la force intérieure, l’énergie disponible).

Le shadow work, c’est ça. Un processus lent, organique, qui demande à la fois écoute et force. Pas pour « vaincre » quoi que ce soit, mais pour intégrer ces parts de soi qu’on a laissées dans l’ombre.

Et la seule vraie question à se poser, ce n’est pas « ai-je le courage ? » mais « suis-je prêt à commencer, même un peu ? »

Parce qu’en réalité, la réponse est souvent déjà là, juste sous la surface.

Écrire pour explorer l’ombre

Se confronter à soi, c’est un combat intérieur. Mais si on ne veut pas l’affronter de face, il y a une autre porte, plus douce, plus détournée : l’écriture de fiction.

Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’une fiction sinon une mise en scène de ce qu’on porte en nous ? On croit inventer des personnages, des histoires, des mondes imaginaires, mais en réalité, on ne fait que projeter ce qui nous habite. Ce qu’on n’ose pas dire en son nom propre. Ce qu’on refoule, mais qui finit par apparaître sous d’autres traits.

C’est pour ça que l’écriture de fiction peut être un bon moyen de faire ce travail de l’ombre. Pas un travail frontal, mais un dialogue subtil avec notre inconscient. Un moyen de déplacer la montagne sans avoir l’impression de l’affronter directement.

Mais encore faut-il savoir comment s’y prendre.

🟢 Laisser parler un personnage à sa place

Si écrire sur soi est trop difficile, trop brut, il suffit de donner la parole à un autre.

Créer un personnage qui porte un peu de ce qu’on ressent. Peut-être quelqu’un qui vit une situation similaire, ou au contraire, quelqu’un qui représente ce qu’on n’ose pas être. Un personnage qui a cette fatigue, ce doute, cette peur d’ouvrir certaines portes.

Et puis, le laisser parler. Voir où il nous emmène. Lui poser des questions, le faire réagir à ce qu’on redoute nous-mêmes.

Peut-être qu’il trouvera une réponse avant nous.
Peut-être qu’il fera un premier pas qu’on n’arrive pas encore à faire.
Et peut-être qu’en écrivant son histoire, on finira par comprendre la nôtre.

🟢 Mettre en scène la peur de l’inconnu

Le shadow work, c’est l’exploration de l’inconnu intérieur. Alors pourquoi ne pas le matérialiser dans un récit ?

Créer une histoire où l’inconnu prend forme.
Un personnage qui doit franchir une porte interdite.
Un rêve récurrent qui cache un secret.
Une ville plongée dans un brouillard dont on ne peut pas sortir.

Transformer ses angoisses en décors, en symboles, en intrigues. Écrire, non pas pour tout comprendre d’un coup, mais pour avancer à travers l’histoire et voir ce qui se révèle en chemin.

Parce que parfois, écrire une fiction, c’est comme explorer un rêve. On croit diriger l’histoire, mais en réalité, ce sont nos ombres qui nous soufflent les réponses.

🟢 Accepter que l’histoire ne soit pas « parfaite »

Un piège courant quand on écrit pour explorer son inconscient, c’est de vouloir contrôler trop tôt.

Vouloir que l’histoire soit logique, structurée, bien écrite.

Mais le shadow work, c’est tout sauf un processus ordonné. Il y a du chaos, des contradictions, des zones floues. Et c’est normal.

Alors il faut accepter d’écrire même si ça ne fait pas sens tout de suite. Même si les morceaux semblent éparpillés. Même si on ne sait pas exactement où on veut aller.

Parce que ce n’est qu’en écrivant qu’on finit par voir les connexions.

🟢 Réécrire pour comprendre

Une fois qu’une première version existe, on peut la relire sous un autre angle.

Et se demander :

  • Qu’est-ce que j’ai mis dans ce texte sans m’en rendre compte ?
  • Quel message mon inconscient essaie-t-il de me faire passer ?
  • Où est-ce que l’histoire bloque, comme si je n’osais pas aller plus loin ?

Parfois, ce n’est qu’en réécrivant qu’on prend conscience de ce qu’on évite.

C’est là qu’on peut décider : est-ce que je vais plus loin ? Est-ce que j’ose écrire la suite, même si ça me met face à une vérité que je redoutais ?

Parce qu’au fond, la vraie peur n’est pas ce qu’on va découvrir, mais ce que cela implique pour nous.

🟢 Laisser émerger des solutions

L’avantage de la fiction, c’est qu’elle permet d’explorer sans risque.

On peut tester des issues, des résolutions, des chemins alternatifs.

Et parfois, on se surprend soi-même. On croyait que le personnage était coincé, que l’histoire n’avait pas d’issue. Et soudain, une idée surgit, une solution inattendue.

Et si cette solution, c’était aussi une réponse pour nous ?

Peut-être pas une réponse immédiate, mais une piste. Une possibilité qu’on n’avait pas envisagée.

Parce qu’écrire, c’est une manière d’externaliser ses problèmes, de les voir sous un autre angle. Et souvent, c’est dans le processus même qu’on trouve l’énergie qui nous manquait au départ.

Écrire, non pas pour fuir, mais pour avancer

Écrire de la fiction quand on fait face à une impasse intérieure, ce n’est pas juste une distraction.

C’est un moyen d’avancer sans violence.
De contourner les résistances sans les nier.
De créer un espace où l’on peut explorer sans s’effondrer.
Et surtout, c’est une manière d’amorcer un dialogue avec soi-même.
Là où la thérapie demande de parler directement, l’écriture permet de jouer avec la distance.
De dire sans dire. D’exprimer sans s’exposer.

Et vous ? C’est quoi vos moyens pour avancer ? Écrire ? En parler ? Danser ? Randonner ?

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16 commentaires

  • Béa🌷

    Merci Caroline pour cet article. Il m’a profondément touchée. Affronter ses parts d’ombre, c’est souvent ce qu’on évite le plus, par peur de ce qu’on pourrait découvrir. Pourtant, en te lisant, je réalise à quel point ce travail est essentiel pour avancer avec plus de sérénité et de clarté. J’ai déjà ressenti cette lutte intérieure, ce tiraillement entre ce que je montre au monde et ce que je garde en moi. Ton article me donne envie d’accueillir ces parts cachées avec plus de bienveillance, au lieu de les fuir. Merci pour ce partage qui résonne fort en moi.

    • Caroline

      Et merci pour ton commentaire qui me fait vraiment plaisir!
      Accueillir nos parts cachées, c’est une façon de s’unifier et c’est souvent dans ces parts cachées que se cachent nos plus grands potentiels.
      Mais c’est un vrai défi!

    • Caroline

      Alors vas-y, ne te prive pas!
      Et n’hésite pas à télécharger l’e-book qui te donnera des pistes 😉
      En tout cas, merci pour ton commentaire, c’est très encourageant pour moi 🙂

  • Pascal Quionquion

    Je te remercie, Caroline, pour cet article. J’aime ta façon de traiter le sujet avec clarté et profondeur. Ta réflexion est vraiment pertinente et bien structurée, ce qui rend la lecture agréable et enrichissante.

  • noirenvoyage

    Merci pour ton article motivant. C’est le déclic dont j’avais besoin pour persévèrer dans un de mes projets d’écriture.

    • Caroline

      Génial! J’espère que tu en arriveras à bout avec enthousiasme, quel que soit le sujet. C’est tellement satisfaisant!
      Et merci pour ton commentaire 😊

  • Stephanie

    Votre exploration du shadow work est à la fois profonde et accessible.
    J’aime l’idée d’écrire non pas pour fuir, mais pour avancer, en laissant les personnages porter ce que l’on n’ose pas encore affronter.
    Ce processus d’écriture introspective est puissant, presque thérapeutique. Merci pour cette réflexion éclairante !

    • Caroline

      Et merci pour votre commentaire enthousiaste!
      Oui, ces gentils personnages qui se chargent de nos difficultés, ils ont bien du mérite 😉 et je vous encourage à écrire encore et encore.
      (N’hésitez pas à télécharger le e-book si ça vous intéresse)

  • Ketty

    Merci pour cette approche
    Je suis adepte du shadow work et j’aime beaucoup l’idée de « faire parler » un personnage fictif, un peu comme un ami imaginaire. Comme tu l’écris, non pas pour fuir mais pour avancer.
    A noter également, la subtilité entre la peur et la fatigue, le courage et l’énergie 😉

    • Caroline

      Merci pour ton commentaire 😊
      Un personnage, ça peut aider à mettre la distance nécessaire pour observer nos ombres et tout autre aspect de nous. Plusieurs personnages permettent des points de vue différents…
      Merci pour la remarque sur la fatigue et l’énergie… on n’est pas des super(wo)men en permanence et ce n’est pas toujours facile de détecter ce qui nous freine.
      Bonne exploration de l’ombre, elle est parfois fascinante 😉

  • Katell

    Merci pour cet article 🙂 Il y a une petite dizaine d’années, lorsque mon éco-anxiété, et plus globalement ma peur pour l’avenir de l’humanité était au plus haut, j’ai écrit plusieurs nouvelles dystopiques, ça m’avait bien aidée. Maintenant, ce qui m’aide c’est de profiter de la vie sans trop me poser de questions, de voyager un maximum. Si le monde s’effondre, je ne peux rien y faire à mon échelle, mais au moins j’aurais bien profité de la vie !

    • Caroline

      Merci pour ton commentaire, Katell.
      Perso, je pense qu’on peut agir pour soi-même et que trouver la paix intérieure, c’est déjà un pas pour la paix extérieure.
      Profite bien de tes voyages! 😊

  • ValHeyrie

    C’est très intéresssant. Ce n’est pas le genre de choses que j’ai envie de faire, parce que je n’écris pas de fiction mais c’est très intéressant quand même. Je pourrais avoir envie de le faire. 🙂
    … Tu vois l’idée ?

    Pour ma part, pour avancer, je pose des petits pas, des actions constantes pour essayer de me libérer (des conséquences) de mon passé en créant mon futur.

    • Caroline

      Euh… oui, je vois… enfin pas trop… mais si quand même! 😉
      Les petits pas, ouiiiiii, j’adhère à fond! Chacun dans ce qui lui convient.
      Merci pour ton commentaire qui me fait plaisir et qui m’a fait sourire 😊

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