L'écriture et la nature: 2 clés de résilience
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Comment j’ai appris la résilience avec l’écriture de fiction

Cet article participe à l’évènement interblogueurs “Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : vos clés pour traverser l’épreuve” organisé par Solweig Ely, auteure du blog Chemins de Vies (chemins-de-vies.fr), dédié à la reconstruction après un traumatisme. J’apprécie particulièrement ce blog, et parmi ses articles, l’un de mes préférés est celui-ci : L’auto-compassion. L’indulgence avec soi-même de Christopher K. Germer.

Il y a des matins où le cœur est lourd, les idées sont brouillées, les circuits ne suivent pas leur cours habituel. Quelle que soit la couleur du ciel, dedans il fait noir. Rien de spécial n’est arrivé, ou plutôt si, il y a longtemps et c’est du passé, mais certains jours, ça remonte à la surface. Un poids diffus, le sentiment que la vie tangue sous les pieds comme un voilier sur la houle. Ces matins-là, j’ai appris à ne pas chercher à faire comme si de rien n’était. J’ai appris, au contraire, à descendre dans les profondeurs pour enfin trouver la résilience.

Depuis quelques années, j’explore une conviction qui m’a sauté à la figure : écrire des histoires peut transformer ce qu’on porte. Pas seulement l’écriture intime, le journal, la lettre qu’on n’envoie pas, bien que tout cela ait une grande valeur. L’écriture de fiction, elle, fait quelque chose de particulier. Elle permet de mettre en scène ce qui reste diffus, de le faire incarner par des personnages qui se prêteront au jeu de notre imagination.

Mais l’écriture n’est pas ma seule alliée dans les moments où la vie chancelle. Les arbres aussi m’ont appris quelque chose d’essentiel. Je te raconte.

Résilience et écriture de fiction : devenir l’auteur de sa propre histoire

Il y a environ deux ans, j’ai commencé à écrire un roman à partir d’un souvenir d’enfance un peu traumatisant. Rien d’extrêmement grave, en fait, mais ce jour-là, j’ai littéralement senti mes jambes de très petite fille vaciller et mon monde s’écrouler. Le roman n’est pas publié, il faudra encore une bonne couche de retravail pour qu’il soit vraiment terminé et que je puisse le faire lire. Et pourtant, c’est l’une des choses les plus importantes que j’aie jamais entreprises.

Parce que quelque chose de très précis se produit quand on transforme une expérience douloureuse en matière narrative : on change de place. On n’est plus dans l’événement, plongé dedans, submergé. On devient l’auteur. Et l’auteur, lui, voit l’ensemble. Il décide du point de vue, du rythme, de ce qu’il révèle ou tait. Il prend de la hauteur, pas pour fuir, mais pour comprendre.

Cette distance n’est pas de l’évitement. C’est une façon d’approcher autrement. Quand on écrit une scène difficile, on doit la regarder assez longuement pour la décrire. On l’observe, on tourne autour, on cherche les mots. Et dans ce mouvement-là, quelque chose se dépose. La douleur reste, mais elle change de forme. Elle devient quelque chose que l’on tient, entre les pages, plutôt que quelque chose qui nous tient.

Mon roman n’a pas besoin d’être publié pour avoir rempli sa fonction. Il existe pour moi. Il a fait son travail de transformation. C’est suffisant (mais j’espère bien le publier un jour !)

Résilience par l’écriture : écrire ce qu’on ne dira jamais à voix haute

Pendant l’écriture de ce roman, j’ai écrit des textes pour approfondir divers aspects de l’histoire, pour mieux comprendre certains personnages et détailler leur vécu. La plupart de ces textes n’apparaîtront pas dans le roman et ne seront jamais lus par personne.

Ce sont des scènes parfois violentes, parfois politiquement incorrectes, parfois simplement inavouables. Des règlements de comptes symboliques. Des colères qui ont besoin de sortir sous une forme que la vie réelle ne permet pas. Des dialogues qu’on n’aura jamais. Des fins qu’on aurait voulu que les choses aient.

Je ne les ferai jamais lire. Et c’est précisément pour ça qu’ils sont libres.

Sur la page, on est tout-puissant. On peut faire dire à un personnage ce qu’on ne dira jamais soi-même. On peut traverser une scène de confrontation, de vengeance, de chagrin brut, sans conséquences pour personne. On peut donner voix à la partie de soi qui hurle, celle qu’on tait en société, par décence, par peur du jugement, par habitude du contrôle.

Il ne s’agit pas de complaisance dans la noirceur. Il s’agit d’une catharsis intime, au sens où Aristote l’entendait déjà pour le théâtre : en assistant à l’expression d’une émotion puissante, on s’en libère. Quand on écrit cette émotion plutôt qu’on ne la subit, l’effet est encore plus direct. On ne regarde plus la colère depuis les gradins, on l’incarne, on la dépense sur le papier, et quand on pose le stylo, elle est moins lourde à porter.

Ces textes secrets sont mes soupapes. Ils ne visent personne. Ils ne blessent personne. Et ils m’ont sauvé d’une certaine façon, à plusieurs reprises.

Si tu as des émotions qui débordent et ne savent pas où aller, essaye. Écris ce que tu n’écrirais jamais si quelqu’un devait le lire. Et puis, si tu le souhaites, efface ou brûle. L’écriture aura fait son œuvre.

Résilience et nature : ce que les arbres m’ont appris

Quand vraiment rien ne me fait envie, et surtout pas prendre un stylo ou mon clavier, j’enfourche mon vélo et je vais à la découverte de la forêt. Il y a des endroits où je me sens particulièrement bien, sans raison apparente. Parce que les hêtres m’entourent, du haut de leurs 40 ou 50 mètres et je les sens paisibles et confiants. Ils n’ont pas d’états d’âme et n’ont que faire des nôtres.

Les arbres n’ont pas de doutes. Ils ne se demandent pas si l’hiver vaut la peine d’être traversé. Ils n’hésitent pas au bord de novembre en se disant : et si je ne perdais pas mes feuilles cette année, pour voir ? Ils plongent. Ils s’effacent. Ils perdent leurs atours pour devenir des squelettes noirs contre le ciel gris, sans résistance, sans drame, sans plainte.

Et puis, plus ou moins tôt selon les conditions, selon la chaleur revenue, selon les pluies, selon quelque chose qu’on ne maîtrise pas, les bourgeons reviennent. Les feuilles. Les fleurs. Pas parce qu’ils ont décidé d’aller mieux. Parce que c’est la nature des choses.

Ce que j’ai trouvé de plus précieux dans cette observation, c’est ceci : même quand on n’y croit plus, le printemps revient. Il ne demande pas notre permission. Il ne vérifie pas si on est prêt. Il arrive, parce que c’est son moment, et son essence.

Dans les périodes les plus sombres, je me raccroche à cette évidence muette. Pas comme une promesse abstraite que le temps passe, les choses changent, blablabla, mais comme quelque chose de concret et de visible : les sous-bois couverts de feuilles mortes commencent à se parer de vert, quelques anémones intrépides ont sorti leur corolle blanche, les jonquilles se pavanent en d’autres endroits.

La nature ne fait pas de développement personnel. Elle ne se raconte pas d’histoires sur sa résilience. Elle suit les cycles. Et c’est cette absence totale d’effort qui m’apaise.

Parfois, le sens n’est pas à construire. Parfois, il suffit de regarder la nature et d’attendre.

Résilience au quotidien : deux pratiques pour ne plus subir ce qu’on traverse

En écrivant cet article, je réalise que ces deux pratiques (l’écriture de fiction et l’observation de la nature) font la même chose pour moi. Elles me sortent de moi-même. Elles me placent dans une position d’observateur plutôt que de victime de ce qui m’arrive.

Quand j’écris, je deviens l’auteur de mon histoire, pas seulement spectatrice des événements qui me traversent. Quand j’observe les arbres, je me replace dans un temps plus long que le mien, dans une logique qui me dépasse et me contient à la fois.

Dans les deux cas, je cesse d’être au centre. Et c’est souvent là que commence l’allègement.

Un détail d’importance quand même : écrire un roman n’est pas chose facile (c’est pour ça que je devais tenter le coup 😉), mais il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au roman pour pratiquer l’écriture. Des textes courts, des contes, des nouvelles, des haïkus, tous les formats sont intéressants pour explorer nos profondeurs en les fictionnalisant.

Il n’est pas non plus nécessaire de vivre en pleine nature pour l’observer : un pissenlit entre deux pavés, quelques pâquerettes dans une pelouse, le chant d’un oiseau… elle reprend toujours ses droits quand on lui laisse un minimum d’espace, ce qui montre sa force.

La résilience, pour moi, ce n’est pas une vertu héroïque. Ce n’est pas rebondir vite, ni faire bonne figure. C’est trouver les petites pratiques concrètes qui permettent de rester en lien avec la vie, même quand elle chancelle. Écrire ce qu’on ne peut pas dire. Regarder ce qui pousse malgré tout.

Tu as peut-être tes propres équivalents. D’autres façons de descendre dans les profondeurs et d’en remonter un peu plus vivant. Je serais curieuse de les connaître.

Et si entre temps tu veux essayer, voici un petit exercice qui peut être assez révélateur.

Un petit exercice d’écriture pour tester

Imagine deux personnages, un adulte et un enfant. Donne-leur des prénoms. Ces personnages représentent l’adulte que tu es aujourd’hui et l’enfant que tu as été, disons entre 7 et 12 ans, à toi de choisir l’âge (mais ce sont des personnages que tu crées !) Ils se retrouvent dans un endroit neutre : une pièce, un jardin, une salle d’attente. Écris un dialogue court, 10 à 15 répliques maximum. Ne réfléchis pas trop. Laisse les parler, sur n’importe quel sujet. Ça peut être quelque chose d’anodin ou de compliqué, à l’école, en famille…

Grille d’observation après l’écriture

C’est là que la magie opère. Après avoir écrit, relis avec ces questions :

  • Qui parle le plus ? L’adulte ou l’enfant ? Celui qui occupe le plus de place dans le dialogue occupe souvent le plus de place dans ta vie intérieure en ce moment.
  • Quel est le ton de l’adulte ? Protecteur ? Maladroit ? Qui s’excuse ? Qui explique trop ? Ce ton-là dit quelque chose sur comment tu traitais tes propres vulnérabilités.
  • Que demande l’enfant,et l’adulte répond-il vraiment à la question ? Souvent, l’adulte répond à côté. C’est l’un des moments les plus révélateurs de l’exercice.
  • Le vocabulaire de l’enfant : est-il simple, sensoriel, ancré dans le corps et le concret ? Ou est-il déjà « adulte », déjà rationalisé ? Ce décalage dit beaucoup.
  • Y a-t-il un mot, une phrase, une image qui revient ? Ce qui se répète sans qu’on l’ait cherché est rarement anodin.
  • Comment le dialogue se termine-t-il ? Est-ce que l’adulte part en premier ? Est-ce que l’enfant reste seul ? Est-ce qu’ils se réconcilient, ou est-ce que ça reste en suspens ?

Ce que tu perçois dans les réponses aux questions est sans doute révélateur. Si tu as envie de le partager, bienvenue dans les commentaires !

Fiction Thérapie explore l’écriture de fiction comme outil de développement personnel. Si l’idée d’écrire vos propres histoires transformatrices te parle, tu trouveras des ressources et des invitations d’écriture sur ce blog.

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2 commentaires

  • Rémi

    J’ai beaucoup aimé ton article, parce qu’il est à la fois intime, profond et très accessible. Le passage « Elle devient quelque chose que l’on tient, entre les pages, plutôt que quelque chose qui nous tient » est vraiment marquant, parce qu’en une phrase tu rends tangible ce que l’écriture peut transformer intérieurement. Tu parles de résilience sans la rendre théorique, et c’est justement ça qui touche 🙂

  • Sylvie

    Quel beau témoignage sur la résilience, porté par une écriture à la fois intime et inspirante ! J’ai été particulièrement touchée par la façon dont vous transformez l’épreuve en apprentissage, grâce à la fiction et à la contemplation des arbres. Cette idée de passer de la subie à l’observation, de trouver dans la nature et l’écriture une forme de distance bienveillante, est une approche à la fois poétique et profondément constructive. Merci pour ce partage !

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